Donner ces archives ou ses dossiers documentaires n’est pas un geste facile ou neutre. La donatrice ne donne pas que quelques grammes ou quelques kilos de papier, elle se donne elle-même, en offrant aux autres ce qui est une part fondamentale de son expérience de vie : sa militance. Car le don, avant d’être matériel, est symbolique.

Entre la donatrice et le donataire, le rapport qui s’établit est un rapport de confiance et de légitimation. La donatrice choisit le lieu d’accueil selon des critères bien précis. Elle cherche un contexte respectueux de son militantisme et ouvert à la recherche. Elle souhaite aussi un environnement stable, pérenne. Elle tend enfin à s’affilier par son don à une lignée.

La triade maussienne « donner, recevoir, rendre » affirme l’existence de contreparties explicites et implicites. Pour la militante, donner ses papiers est un acte militant : il s’agit de (se) livrer aux chercheurs, de devenir un matériau de réflexion, de se soumettre au tribunal de l’histoire. C’est aussi une bouteille à la mer. À travers ce don, ce qui est secrètement espéré, c’est une transmission, un passage de témoin.

C’est donc un pacte implicite qui lie donatrice et donataire. L’action de la donatrice est légitimée par l’institution qui accueille ses papiers mais, inversement, les dons qui sont faits à l’institution la légitiment en retour. La donatrice accorde à l’institution une licence parce qu’elle lui reconnaît un mandat.

Les donatrices de la bibliothèque Marguerite-Durand ont offert leurs dossiers dans un cadre identifié, celui d’un espace mémoriel féministe. Elles ont inscrit leur récit de vie dans une histoire précise. En acceptant ces dons, le donataire s’est engagé à maintenir cette histoire et cet espace. La rupture de ce pacte par une des parties entraîne fatalement la dénonciation du contrat, le retrait du mandat et une perte de légitimité des institutions concernées.

Bénédicte Grailles

Maîtresse de conférences en archivistique
Conservatrice du patrimoine
Responsable pédagogique du master Métiers des archives

Université d’Angers – CERHIO Centre de recherches historiques de l’Ouest

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