Ancienne comédienne, « muse » du boulangisme du temps de son mariage avec l’avocat et député Georges Laguerre, Marguerite Durand se « convertit » au féminisme à la suite du Congrès féministe international de 1896 organisé par la Ligue française pour le droit des femmes et présidé par Maria Pognon. Dès l’année suivante, elle fonde La Fronde, journal entièrement rédigé, administré et composé par des femmes ; quotidien pendant six ans puis mensuel pendant deux ans, il sera un véritable « catalyseur » pour le féminisme français.

Marguerite Durand continue sa carrière de journaliste en créant L’Action (1905) puis Les Nouvelles (1909). En 1907, elle organise un congrès pour la création d’un Office du Travail féminin. En 1910, elle lance l’idée d’organiser des candidatures féminines aux élections législatives et se présente dans le 9e arrondissement ; en 1927, elle pose sa candidature aux élections municipales au sein du parti républicain socialiste. Toute sa vie, elle s’intéresse à la question du travail des femmes, aux conditions sociales des employées et des ouvrières, et crée plusieurs syndicats, dont celui des femmes typographes.

Figurent également parmi ses initiatives l’organisation du Congrès des Droits des Femmes lors de l’Exposition Universelle de 1900, celle de l’Exposition sur les femmes célèbres du 19e siècle en 1922, la création du Cimetière animalier d’Asnières en 1899, et de la Résidence d’été des femmes journalistes à Pierrefonds, dans l’ancienne maison de son amie, la journaliste Séverine.

Le souci de Marguerite Durand de créer un lieu de mémoire des femmes est bien antérieur à la fondation de la bibliothèque qui porte son nom. Peu de temps après la création de La Fronde, elle met en place dans les locaux du journal une petite bibliothèque, principalement destinée à la documentation de ses rédactrices, et qui sera le « noyau » primitif de la future bibliothèque ; déjà un travail de constitution de dossiers documentaires se fait, avec découpage et archivage de nombreuses coupures de presse et de documents divers, toujours conservés aujourd’hui.

En 1922, Marguerite Durand essaie de relancer La Fronde, qui avait reparu pour quelques numéros en 1914, vite interrompue par la guerre, ce dont elle gardait un grand regret… Afin d’obtenir des fonds pour mener son projet à bien, elle organise une exposition sur les femmes célèbres du 19e siècle dans un grand local qu’elle a loué au 47 de la rue Vivienne. Elle a l’intention de faire de ce lieu un « Quartier général du féminisme », en y créant une « Maison des œuvres et institutions féminines », qu’elle désigne un peu plus tard sous le terme d' »Office féminin d’action sociale », qui comprendra « une librairie, un salon de thé, une salle de réunions, des services spéciaux de documentation sur les œuvres et institutions féminines, les personnalités féminines, le mouvement féministe en France et à l’étranger ». Marguerite Durand insiste sur la nécessité de l’existence d’un tel lieu, non seulement pour « archiver les documents concernant les sociétés féministes hospitalisés chez les présidentes ou secrétaires de ces sociétés, c’est-à-dire exposés à être dispersés ou perdus », mais aussi pour doter le féminisme d’une représentativité aux yeux des pouvoirs publics : « L’existence d’un centre féministe sera d’une utilité considérable au moment où il nous faudra faire pression sur le Sénat et campagne dans le pays pour le suffrage féminin », écrit-elle.

Cet ambitieux projet ne se réalisera pas, mais il préfigure ce que sera la Bibliothèque Marguerite Durand, dix ans plus tard.

Lorsque, le 31 décembre 1931, après d’assez longues tractations administratives, la Ville de Paris accepte la donation des collections de Marguerite Durand, il est stipulé que celle-ci en sera sa vie durant la bibliothécaire bénévole et la directrice. Un crédit annuel est prévu pour l’enrichissement des collections, les abonnements aux périodiques, la reliure, ainsi que la rétribution d’une bibliothécaire-adjointe. Grâce à ses relations politiques, Marguerite Durand a obtenu un lieu bien situé pour installer sa bibliothèque : une belle salle de quarante mètres de long dans la mairie du 5e arrondissement. Il s’agit de faire une œuvre pérenne et de s’assurer que cette bibliothèque ne sera pas seulement un lieu de dépôt, mais un centre vivant, destiné à se développer.

La bibliothèque est le fruit d’une démarche militante originale, celle qu’a eue toute sa vie une féministe active, présente sur le « terrain » des luttes, et qui est en même temps une femme de communication, dirait-on aujourd’hui ; elle est soucieuse de donner à l’histoire des femmes une « visibilité », et aux revendications féministes une reconnaissance officielle. Le 19 janvier 1932, elle déclare dans L’Intransigeant : « Ceux qui nient la production intellectuelle de la femme ou la valeur de son activité, sauf depuis ces dernières années, trouveront là les preuves de leur erreur. En consultant des ouvrages qui n’ont pas été faits pour les besoins de la cause, il seront bien obligés d’admettre que la femme n’avait pas attendu la guerre pour prouver, le cas échéant, qu’elle possédait quelques qualités que les antiféministes se refusent à lui reconnaître ». Quelques jours plus tard, c’est au Quotidien qu’elle dit : « On ne sait rien de l’admirable activité des femmes, et même les féministes ignorent les trois-quarts de ce qu’ont fait, dans tous les ordres de préoccupations humaines, leurs aïeules, leurs mères… ou leurs contemporaines ».

Marguerite Durand partagera ses dernières années entre Pierrefonds et sa bibliothèque, où, en compagnie d’Harlor (pseudonyme de Jeanne Perrot, 1871-1970), ancienne collaboratrice de La Fronde qui a été nommée bibliothécaire, elle organise, classe, trie et enrichit les collections, en sollicitant ses contemporaines autrices d’œuvres de fiction ou d’études sur les femmes pour qu’elles fassent don de leurs livres, de leurs articles, ou de leurs manuscrits. La bibliothèque s’est en effet essentiellement constituée par dons, de provenances diverses.

Inquiète du sort futur de sa bibliothèque, quand elle ne sera plus là, elle y travaille jusqu’à son dernier souffle : elle y meurt le 16 mars 1936, victime d’une attaque cardiaque, âgée de 72 ans.

 

Donation de M. Durand BMO 1932 PDF

Catégories : Les richesses de la BMD

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