La constitution de dossiers documentaires remonte à l’origine de la bibliothèque créée au siège de La Fronde, peu de temps après la fondation du journal. Ces dossiers sont de deux types : les dossiers biographiques, concernant des personnes (des femmes pour l’immense majorité, mais aussi quelques hommes) et les dossiers thématiques.

Au nombre de 4 800 en 2005, ils représentent l’une des richesses les plus originales de la BMD et font l’objet de consultations très fréquentes. Les documents qui les composent ont été collectés au fil des temps et les plus anciens contiennent donc des documents de la fin du 19e siècle ; ils font l’objet d’enrichissements continus (aucun dossier n’est « mort », même si certains ne sont plus que très rarement complétés), et de nouveaux dossiers sont créés fréquemment, en fonction de l’actualité.

Pendant de longues années, les dossiers ont été à la BMD des unités documentaires « fourre-tout », de base, si l’on peut dire, où l’on trouvait à la fois des manuscrits, parfois assez épais, des lettres autographes, des brochures, des documents officiels, des coupures de presse, des tracts, des cartes postales, des photographies. Le manque de personnel et la commodité offerte par une telle réunion de documents dans un même ensemble expliquent sans doute cet état de choses, qui se prolongea jusqu’en 1970.

A cette date, furent ouverts des registres séparés pour les lettres autographes dont les signataires étaient identifiés et relativement connus (celles dont les signataires étaient inconnus ou dont la signature était illisible restant dans les dossiers), pour les manuscrits aux auteurs identifiés et pour les documents iconographiques ; les documents furent ainsi regroupés en fonds spécifiques, avec des cotes bien identifiées (090, puis Ms, pour les manuscrits, 091 pour les lettres autographes, 099 pour les photographies, CP pour les cartes postales)

Les documents qui demeurent dans les dossiers restent cependant encore très divers dans leur composition : les coupures de presse en constituent une part importante, mais on y trouve également de véritables pièces d’archives. La richesse des dossiers est très variable – de quelques feuillets à plusieurs boîtes – et dépend souvent de l’époque envisagée ; elle est en effet fréquemment le reflet de l’histoire même de la bibliothèque ; ainsi les dossiers sont-ils en général peu riches pour toute la première partie du 19e siècle, Marguerite Durand et ses collaboratrices n’ayant pu matériellement réunir une documentation de ce type de façon « rétroactive » ; les années 1940 et 1950 – années sombres pour la bibliothèque – sont elles aussi mal représentées – à noter cependant un dossier assez riche sur les femmes dans la Résistance, avec des documents et des témoignages rares.

Il faut signaler que les coupures de presse contenues dans les dossiers anciens souffrent relativement fréquemment d’une absence de datation, et / ou d’identification, toujours gênante pour les chercheurs.

Les dossiers biographiques concernent des femmes qui se sont illustrées dans des domaines très divers : arts, littérature, histoire, sciences, sport, voyages, politique, éducation, militantisme, etc. Les dossiers les plus riches concernent les Françaises, mais on y trouve aussi beaucoup de femmes d’autres nationalités. Les époques les mieux représentées sont la seconde moitié du 19e siècle et le 20e siècle, avec les réserves indiquées ci-dessus pour les années 1940 et 1950.

Les dossiers relatifs aux militantes féministes sont nombreux, particulièrement pour l’époque contemporaine de l’activité de Marguerite Durand, depuis les débuts de La Fronde jusqu’à sa mort, en 1936.

Les féministes qui ont collaboré à La Fronde sont particulièrement bien représentées dans les dossiers, comme dans le fonds des lettres autographes, les deux fonds se complétant évidemment : parmi elles, citons Clémence Royer (1830-1902), Nelly Roussel (1878-1922), Maria Pognon (1844-1925), Maria Vérone (1874-1938), Mme Avril de Sainte-Croix (1855-1939), Séverine (1855-1929), Pauline Kergomard (1838-1925), Harlor (1871-1970), Odette Laguerre (1860-1956), etc.

Pour la période contemporaine, les dossiers sont d’inégale richesse ; ils comprennent surtout des coupures de presse et peu de pièces d’archives uniques, comme peuvent encore en contenir les dossiers anciens, malgré la « ventilation » dans les fonds spécifiques. Sont également versés dans ces dossiers toutes les informations relatives à la diffusion de l’œuvre et de l’action des personnalités, telles que colloques, expositions, parution de livres critiques, de biographies, etc.

Les dossiers thématiques sont des ensembles de documents qui peuvent être relatifs à des « thèmes » généraux : féminisme, suffrage, travail, maternité, contrôle des naissances, famille, enfance, guerre, violence, prostitution, etc. Chacun de ces dossiers est classé chronologiquement, par année ou groupe d’années.

Parmi les dossiers anciens de ce type, le dossier « Vote des femmes » est l’un des plus volumineux de la bibliothèque ; il contient des documents depuis les années 1880, en particulier de très nombreuses coupures de presse, issues de la presse féministe et générale.

Pour la période contemporaine, des années soixante-dix à aujourd’hui, les dossiers les plus « significatifs » et les plus consultés sont les dossiers « MLF », « Féminisme », « Contraception », « Avortement », « Parité », « Viol », « Violence », « Harcèlement sexuel », « Journée internationale des femmes (8 mars), « Foulard islamique » (commencé en 1989)…

Le dossier « Travail » est également très important, avec des « subdivisions » telles que « Travail de nuit », « Travail à domicile », « Travail à temps partiel », etc., et doit être complété par les dossiers « Salaires », « Grèves », « Syndicalisme » et par des dossiers au nom des différentes professions et des diverses organisations syndicales.

  • à des domaines d’activité : littérature, musique, théâtre, cinéma, sport, etc., où l’on trouve d’une part des informations d’ordre général (statistiques, études historiques ou sociologiques, etc.) et d’autre part des documents sur des femmes exerçant ces activités, classés par ordre alphabétique de leur nom. Lorsque le nombre de documents consacrés à une femme commence à être un peu conséquent, un dossier biographique est ouvert à son nom et les documents en question y sont versés.                                                                                                              
  • à des pays étrangers : les documents qu’ils contiennent sont relatifs à la condition sociale des femmes de ces pays ; ces dossiers sont classés au nom de chaque pays.                                                                                                       
  • à des professions : à noter plus particulièrement pour notre sujet, dans les dossiers anciens, ceux qui sont relatifs à des métiers auxquels les femmes ont accédé avec difficulté et en faveur desquels ont été menées des campagnes féministes, tels que les dossiers « Médecins », « Avocates », « Journalistes » ou bien, avec une autre perspective, le dossier « Institutrices », celles-ci étant souvent considérées comme le « fer de lance » du féminisme.

C’est dans ces dossiers « professions » que l’on trouvera souvent des documents sur les « premières », pionnières dont l’histoire a souvent oublié le nom, et que les historien-ne-s du féminisme s’efforcent de retrouver.

  • à des associations féministes, ayant lutté ou luttant spécifiquement pour la conquête des droits des femmes, et à des associations féminines, œuvrant ou ayant œuvré en faveur des femmes dans des domaines divers : professionnels, philanthropiques, artistiques, etc. Ces dossiers sont classés au nom de chaque association ; certains sont cependant regroupés sous la cote 396 GRO, qui signifie « groupements », puis, à l’intérieur de cette cote, classés au nom de chaque association.

Ils renferment des documents relatifs à l’activité des associations, tels que statuts, comptes rendus manuscrits ou dactylographiés de réunions internes, annonces de manifestations ou invitations à des conférences, avec parfois les textes de celles-ci, cartes de membres, programmes de congrès, textes des réunions préparatoires, tracts et petites brochures, pétitions, à la Chambre ou au Sénat, ainsi que de nombreuses coupures de presse.

Parmi les associations de la « première vague » du féminisme bien représentées dans les dossiers, il faut noter les associations dont le combat concerne la conquête des droits civils et politiques, en particulier les associations suffragistes qui se constituées du dernier quart du 19e siècle au milieu des années trente. On pourra ainsi consulter pour cette période les dossiers suivants (l’année de fondation est indiquée entre parenthèses) :

  • L’Action des femmes (1915), Action et solidarité (1919), Alliance internationale pour le suffrage des femmes (1904), L’Avant-Courrière (1893), Cartel féministe (1926), Cercles d’études féministes (1933), Comité de défense des droits de la femme (1935), Comité de propagande féministe (1919), Conseil international des femmes (CIF) (1888), Conseil national des femmes françaises (CNFF) (1901), L’Egalité (1889), Fédération française des sociétés féministes (1891), Fédération nationale des femmes (1929), La Femme nouvelle (1934), Forces féminines françaises (1930), Groupe français d’études féministes (1898), Ligue d’action féminine pour le suffrage (1926), Ligue française pour le droit des femmes (LFDF) (1882), Ligue nationale pour le vote des femmes (1914), Office français des intérêts féminins (1917), Société nationale du féminisme français (1915), Société pour l’amélioration du sort des femmes et la revendication de ses droits (1874), Tribune libre des femmes (1925), Union française pour le suffrage des femmes (UFSF) (1909), Union fraternelle des femmes (1901), Union nationale pour le vote des femmes (1920)

Les dossiers sont également riches pour les associations ou organisations professionnelles, catégorielles et de défense du travail des femmes. Marguerite Durand s’est toujours particulièrement intéressée à ces questions, militant pour que toutes les professions soient accessibles aux femmes dans les mêmes conditions que pour les hommes, dénonçant les lois protectionnistes, causes de discrimination ; le travail des femmes est l’un des thèmes de mobilisation essentiels de La Fronde.

Parmi ces dossiers, on peut citer ceux consacrés aux associations suivantes :

  • Association des institutrices diplômées, Association des étudiantes, Association française des femmes médecins, Association française des femmes diplômées des universités, Association des surintendantes de France (puis des surintendantes d’usines et des services sociaux), Open Door international, Soroptimist club, etc.

On pourra aussi consulter avec profit les dossiers consacrés à certaines organisations syndicales féminines.

Les dossiers sont également souvent assez riches pour les associations de la période contemporaine : Mouvement français pour le planning familial, Agence femmes information, CADAC, SOS Sexisme, Mix-cité, etc.

Il faut toutefois noter que depuis quelques années, les associations, qui possèdent de plus en plus souvent des sites Internet, envoient de moins en moins de documents. La BMD imprime fréquemment les pages contenues de ces sites, du moins une sélection de celles-ci, pour continuer d’enrichir les dossiers en documents « papier ».

La recherche dans les dossiers nécessite souvent une « navigation » d’un dossier thématique à l’autre, mais aussi d’un dossier thématique à un dossier biographique. Ainsi, pour une recherche concernant une association ayant milité pour le droit de vote des femmes, il conviendra de consulter non seulement le dossier portant le nom de l’association en question, mais aussi le dossier thématique général « vote des femmes » dans la période d’activité de l’association, voire également le dossier « féminisme » pour cette même période, et enfin, quand ils existent, les dossiers biographiques au nom des fondatrices et/ou des présidentes de l’association.

Inversement, pour une recherche portant sur une personne, le recours aux dossiers biographiques n’est pas toujours suffisant, il peut même s’avérer inutile, si cette personne est peu connue : le nom recherché n’y figure pas ; il faut alors se tourner vers un dossier thématique, par exemple vers le dossier d’une association où la personne en question a milité. Les informations qu’on y trouvera éventuellement (insuffisantes en quantité pour créer un dossier biographique, à son nom) peuvent être très utiles au chercheur ou lui ouvrir d’autres pistes.

Les dossiers anciens, fragiles ou très consultés, ont été photocopiés, pour de raisons de conservation et de sécurité. Les originaux peuvent toutefois être communiqués sur autorisation (prêts pour exposition, prise de vue pour publications, etc.).

Catégories : Les richesses de la BMD

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